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L'ÉCONOMIE CITOYENNE - ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE



Entrepreneuriat des femmes - International

La Coalition des femmes du Zimbabwe remporte le Prix Betty Plewes
Quand Netsai Mushonga a reçu une invitation à participer à une rencontre avec des hommes et femmes politiques pour discuter de l’intégration des droits des femmes dans la nouvelle constitution, elle a compris que l’heure du changement sonnait au Zimbabwe. Seulement deux ans auparavant, durant les élections nationales, le gouvernement zimbabwéen avait alimenté une sinistre vague de violence politique à l’endroit des femmes dans une campagne systémique de terreur sexuelle et d’intimidation. Et voilà qu’elle se trouvait maintenant invitée dans les antres du pouvoir pour plaider en faveur d'un changement politique radical.

Netsai Mushonga, coordinatrice nationale de la Coalition des femmes du Zimbabwe
Les avancées juridiques que son organisation a contribué à réaliser pour les femmes – dont l’extraordinaire adoption de la Loi sur la violence familiale en 2007 – sont aujourd’hui reconnues par le Fonds Betty Plewes du Conseil canadien pour la coopération internationale. Le Fonds décerne un prix annuel pour récompenser une organisation non gouvernementale africaine dont le travail de recherche et les politiques participent à l'avancement des droits des femmes.

« C’est une récompense extraordinaire pour nous. Nous sommes extrêmement fières », a déclaré Netsai Mushonga, la coordonnatrice nationale de la Coalition des femmes du Zimbabwe. « Pendant que nous militions pour l’adoption d’une loi sur la violence familiale, nous ne pouvions imaginer qu’elle prendrait véritablement corps au Zimbabwe… Ce prix revient aux membres de la coalition des femmes qui ont travaillé ensemble pour faire en sorte que la Loi sur la violence familiale devienne réalité. »

Les organisations membres de la Coalition des femmes du Zimbabwe, basées dans des provinces aux quatre coins du pays, interviennent directement auprès des femmes, les appuient personnellement et mobilisent, selon les termes de Netsai, une « masse critique » pour revendiquer des changements importants à tous les niveaux de gouvernement et du système judiciaire.

« Nous sommes résolument optimistes », ajoute Netsai Mushonga. « Nous travaillons aujourd’hui avec le comité spécial du Parlement afin d’inscrire les droits des femmes dans la nouvelle constitution. Nous exigeons une participation égale à toutes les étapes de l’élaboration de la constitution et sensibilisons les membres du comité aux questions de genre. Parfois, ils nous écoutent : mais la partie n’est pas gagnée pour autant. À la fin de la journée, nous voulons une constitution qui marque le début d’une ère de bonne gouvernance et de démocratie au Zimbabwe. Nous voulons une constitution qui garantit les droits sociaux, politiques et économiques des femmes. Notre travail doit se poursuivre à plusieurs niveaux. »

Le prix d’une valeur de 15 000 $ aidera la coalition à accomplir son indispensable travail de lutte contre la violence faite aux femmes et de promotion de l’accès des femmes à la vie politique. Les membres n’ont pas encore décidé comment l’argent allait être utilisé, mais elles pourraient en consacrer une partie à la campagne internationale des 16 jours d’activisme contre la violence faite aux femmes.

L’organisation se porte inconditionnellement à la défense de la participation des femmes à la vie publique depuis de nombreuses années, en dépit de circonstances souvent insoutenables. Ces dix dernières années, une profonde crise économique fait rage au Zimbabwe où 95 pourcent de la population est toujours sans emploi (2009) et quelque 68 pourcent vit sous le seuil de pauvreté (2004). Avec 15,3 pourcent de la population victime du VIH/sida et une espérance de vie qui atteint à peine 45 ans, le pays s’est aussi heurté à un exode de ses professionnels et, en conséquence, à la fermeture d’hôpitaux et d’écoles. Les étals des commerces d’alimentation se sont vidées et les infrastructures écroulées, donnant lieu à une crise humanitaire. Un climat de violence politique extrême régnait d’un bout à l’autre du pays au moment des dernières élections générales, alors que plus de 5 000 femmes, hommes et enfants étaient torturés, battus et violés, et quelque 150 personnes tuées sous prétexte de leur soi-disant affiliation à l’opposition politique.

Au plus fort de la violence, la coalition s’est entièrement consacrée au transport des femmes vers l’hôpital, à établir des refuges et à aider les femmes à fuir les gangs – qui incendiaient les maisons, tuaient les époux et kidnappaient les femmes pour les emmener dans leurs camps où elles étaient violées et torturées, puis forcées, comme des servantes, à cuisiner et à faire le ménage. Netsai Mushonga décrit cette période comme extrêmement traumatisante. Comme elle, les autres membres de la coalition continuaient d’aider les victimes malgré le fait qu'elles étaient l’objet de constantes menaces et craignaient pour leur propre vie.

« Durant cet épisode de violence, nous avons commencé à comprendre que nous devions intensifier nos efforts pour bâtir la paix et intervenir dans la vie politique de notre pays », déclare-t-elle.

Pour la coalition, il s’agissait d’exiger la mise en place d’une commission de la vérité semblable à celles instituées en Afrique du Sud et au Rwanda. Il s’agissait aussi de revendiquer une compensation judiciaire sous la forme de peines pour crimes sexuels, et d’argent pour la réhabilitation sociale et physique des survivantes qui sont encore nombreuses à porter de graves séquelles psychologiques et physiques.

Bien que les progrès soient lents, le travail de Netsai Mushonga et de la coalition améliore la vie des femmes du Zimbabwe. Récemment, l’organisation a été co-hôte d’une visite de solidarité de Mary Robinson, ex-présidente de l’Irlande et ex-Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, accompagnée de sept femmes africaines, pour stimuler la participation des femmes durant la période de gouvernement de transition. En tant que spécialistes de la question et témoins de la violence extrême infligée aux femmes du Zimbabwe, les membres de la coalition ont pris la parole devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, et l’Union africaine. Carrefour canadien international, en tant que partenaire, a aidé la coalition en mettant à sa disposition sa capacité technique et son réseau en Afrique et au Canada, ainsi qu’en offrant du soutien aux sections provinciales.

« Le travail de la Coalition des femmes du Zimbabwe démontre l’ampleur du changement qu’il est possible de réaliser quand les femmes conjuguent leurs efforts en direction d’un but commun, au sein des communautés et des pays, tant à l’échelle nationale qu’internationale », ajoute Karen Takacs, directrice générale de Carrefour. « Avec du courage, de la résilience et de la créativité, elles améliorent le climat politique et les structures juridiques qui affectent la vie quotidienne des femmes dans leur pays. »

Carrefour travaille avec la coalition depuis 2007 pour réduire la violence familiale au Zimbabwe. Bien qu’aucun volontaire canadien n’ait été envoyé au Zimbabwe depuis deux ans, des pourparlers sont en cours pour rétablir le programme. Selon Netsai Mushonga, l’utilité de ce type de coopération internationale déborde largement le renforcement des capacités.

« Ce dont nous avons besoin, c’est simplement de cette solidarité, de ce soutien, d’être reconnues comme des actrices sur la scène politique et non pas comme des victimes et survivantes passives », affirme-t-elle. « Il faut que l’information sur ce que nous faisons et avons besoin soit diffusée auprès d’un large réseau de femmes… Je crois que la solidarité et le soutien nous sont très bénéfiques. La description de la situation au Zimbabwe devrait désormais inclure les efforts des femmes qui, d’un bout à l’autre du pays, se consacrent concrètement à bâtir la paix, à restaurer et à reconstruire le pays. »

Et pour Netsai Mushonga, l’avenir du Zimbabwe est immensément prometteur.

« Je suis très optimiste. Je me suis penchée sur l’histoire d’autres pays africains qui ont traversé des crises semblables », explique-t-elle. « Ils ont réussi à renaître de leurs cendres et à bâtir des pays plus solides. »

D'après Netsai Mushonga, les femmes sont en très bonne posture pour mettre en place des changements socio-économiques et politiques positifs. Pendant que certains hommes sont encore en « mode combat », de nombreuses femmes investissent dans la paix. Elles ne laissent plus l’espace public aux hommes ; elles s’y introduisent pour dicter les orientations du développement.

« Certaines d’entre nous ont choisi de vivre ici parce qu’elles croyaient le changement possible », dit-elle. « Nous croyons qu’en tant que femmes, nous pouvons aussi concrétiser ce changement au Zimbabwe. »




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Ethel Coté
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