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Bus Palladium, Interview de Marc-andré Grondin & Arthur DupontBonjour Marc-André Grondin.Bonjour Arthur Dupont.Vous venez de tourner dans « Bus Palladium », où vous interprétez deux amis. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le scénario ?
Marc-André Grondin. Ce qui m’a séduit, c’était la relation d’amitié viscérale qu’il y a entre Lucas et Manu. C’est quelque chose que je n’ai pas l’habitude de voir, un amour aussi fort, sans ambigüité, entre deux mecs. On voit ça plus ouvertement entre deux filles. Il est rare de voir ça entre deux mecs, au cinéma et dans la vie. Je trouvais ça beau de montrer tout ça, deux amis très différents qui sont meilleurs potes depuis l’enfance, et qui vont tenter de préserver leur amitié malgré les choix qu’ils ont à faire.
Et vous ?
Arthur Dupont. Le scénario, l’histoire, cette relation entre ces deux amis, c’est un amour souterrain très fort. La musique est aussi très importante dans ma vie, et le fait de pouvoir allier musiquer et jeu d’acteur était une chance folle, surtout avec un personnage aussi jusqu’au-boutiste, quitte à se faire du mal. J’ai adoré.
Vous êtes deux copains dans le film et vous êtes aussi dans un groupe. Est-ce que le fait qu’il y ait ce groupe de rock était important ?
Marc-André Grondin. Je crois que c’est un choix de scénarisation. Je crois que Christopher et Thierry Klifa avaient envie de raconter cette histoire dans un contexte musical. Christopher aime beaucoup la musique, il a vécu une période comme ça. En même temps, on aurait pu raconter cette histoire dans un autre contexte et à une autre époque. Le côté groupe était intéressant.
Arthur Dupont. Ça crée des liens particuliers à ce contexte. Dans un autre contexte, les liens peuvent être forts, mais dans la musique il y a la notion du moment, l’instant est partagé avec une telle intensité que c’est la seconde qui compte. C’est la concentration sur l’instant. Ce groupe se bétonne comme ça. Leur amitié est prise dans la magie de la musique. Marc-André Grondin. Lorsqu’on a un groupe, on a l’impression de vivre dans un monde à part. La vie du groupe n’est pas la vie réelle, on met nos propres règles, rythmes. Ce qui est intéressant est de voir que les amitiés entre tous les membres du groupe sont mises à l’épreuve à cause de contrats de disque, d’obligations professionnelles, de gens extérieurs qui viennent mettre leur nez dans cette petite bulle. Ça passe ou ça casse. C’est intéressant parce qu’on ne voit pas ça partout. En musique, il y a un truc très spécial qui se crée, et c’est pour ça que beaucoup de groupes disparaissent après un album. C’est très dur, il faut avoir un noyau amical très solide pour passer à travers, et il faut bien se connaitre. Marc-André est-ce que vous avez pu mettre dans votre interprétation quelque chose que vous aviez vécu adolescent ?
Marc-André Grondin. J’ai eu plusieurs groupes jusqu’à récemment. Je crois que ça m’a plus servi à la lecture, pour la compréhension de l’histoire et de l’alchimie entre les personnages par rapport aux situations. Il faut jouer les situations qui sont écrites dans le scénario. Je ne crois pas que ça m’ait servi pour mieux jouer. Mais à la lecture, ça me parlait beaucoup, ça me faisait sourire. Ce sont des choses que j’ai déjà vues, des phrases que j’ai déjà entendues, des dynamiques que j’avais ressenties dans le passé. Au delà de cette expérience, je crois que Christopher a choisi des acteurs qui avaient un peu l’esprit du personnage naturellement.
Vous vous êtes retrouvé dans le scénario et dans votre rôle ?
Arthur Dupont. Je n’ai pas eu de groupe qui dure. Je n’ai jamais vécu ça. Comme le dit Marc-André, les choses sont sorties naturellement des situations. J’ai une facette très « grande gueule », il suffit que mes cheveux poussent. Je ne suis pas quelqu’un qui va se mettre en danger, avec la drogue… Mais ça on peut le jouer. Le scénario le fait très bien, il n’y a pas à sur-jouer la chose. Christopher, sur le plateau, me disait souvent de ne rien faire, de laisser la situation parler, de jouer la situation, de ne pas jouer le groupe, la drogue… Ça ne sert à rien. Quelqu’un qui se brule les ailes ne joue pas, il va mettre une baffe à quelqu’un pour rien, c’est la situation. Mises les unes au bout des autres, ce sont les situations qui font qu’on joue ça. Ce sont des situations qu’on doit jouer naturellement. S’il fallait jouer quelque chose qu’on n’est pas dans la vie et qu’on ne peut pas insuffler ça naturellement dans le personnage, Christopher et nous en tant qu’acteurs faisions notre travail d’artisan. Il fallait que les séquences sonnent bien. A plein d’autres moments, ça s’est fait naturellement.
Quand on voit le film, on se dit que les dialogues sont tellement justes que ça doit être un langage courant pour vous. On se dit que ce n’est presque pas de la fiction, comme un documentaire sur un groupe. Ça parait très naturel !
Arthur Dupont. Ça tient aussi au fait que quand des comédiens jouent ensemble, si l’un d’eux donne une mauvaise direction, ça peut faire tomber tout le monde. Personne n’avait ce défaut là, tout le monde était impliqué. Du plus petit au plus grand rôle, chacun se renvoyait la balle de la manière la plus juste. Notre metteur en scène était aussi comédien, il sait diriger. On était amené à faire quelque chose de bien, on était prudent, il fallait que ça sonne juste.
Marc-André Grondin. On a fait de la préparation, on a répété trois semaines avant le début du tournage tous les morceaux, toutes les chansons, et ça a vraiment créé une amitié. On a commençait à tourner et on se connaissait déjà très bien. On est devenu un peu le groupe par la force des choses. Même François Civil qui joue le rôle de Mario, nous appelait tous par nos noms de personnage. Arthur Dupont. Ça arrive souvent, sur un film, de s’appeler naturellement par le prénom du personnage. Ce n’est pas mal, parce que quand on joue, on s’adresse à quelqu’un de vivant, ce n’est plus du papier. Le transfert se fait. Il y a aussi du travail, on a répété, travaillé. Mais avec plaisir. Vous étiez musiciens ?
Arthur Dupont. Je faisais de la musique, je chantais aussi un peu. Ça fait partie de moi. Je ne faisais pas particulièrement de la guitare mais je connaissais la musique.
Marc-André Grondin. Moi je faisais de la batterie. J’ai joué de la batterie pendant longtemps, j’ai eu plein de groupes, mes parents sont batteurs, ma famille est dans la musique. Arthur Dupont. Ton père est batteur ? Marc-André Grondin. Oui, ma mère aussi. Vous pensez que c’est pour cela que vous avez été castés, parce que vous avez une allure de musiciens ?
Arthur Dupont. C’est un critère de choix. Pour le personnage de Manu, une des scènes se passait sur scène et je m’adressais au public dans un excès de je-m’en- foutisme en plein live. Il fallait aussi jouer une chanson, chanter et jouer de la guitare.
Vous connaissiez le Bus Palladium avant, ça vous disait quelque chose ?
Marc-André Grondin. Non. Moi je suis Canadien, je ne connaissais rien du Bus Palladium.
Arthur Dupont. Je connaissais juste de nom. Le film n’est pas daté, on ne sait pas si c’est dans les années 70 ou 80, ce qui fait qu’on le regarde de manière décalée, mais c’est aussi moderne. On pourrait penser que c’est un groupe d’aujourd’hui. Un mot sur l’époque ?
Marc-André Grondin. C’est important pour Christopher et pour tout le monde, on ne voulait pas faire un film avec tous les clichés des années 80. Les mecs sont beaucoup plus inspirés par les Stones, le rock des années 70.
Arthur Dupont. Même dans leur manière de s’habiller, ils ne sont pas années 80, ils ne sont pas bariolés. Marc-André Grondin. Il est important de ne pas surligner l’époque, parce que ce n’est pas ce qui compte. Musicalement, ce n’est pas l’époque qui compte, ce n’est pas un pamphlet des années 80. Il ne voulait pas que ça prenne le dessus sur l’histoire et la comédie. Je crois que c’est bien fait. Dans les décors et les costumes, tout a été choisi pour paraitre naturel. Qu’est-ce qui est important pour vous dans ce film?
Arthur Dupont. Le changement d’étape, grandir, savoir quitter certaines références et certains cocons, savoir qui tu es à un moment donné. Parfois dans des groupes, si on continue sans aller voir ailleurs, on peut finir par tourner en rond, se perdre, on ne peut pas évoluer. Le personnage de Lucas symbolise un peu cette évolution là. Il faut bouger, il faut penser à soi. Il y a une scène avec Manu et Lucas. Manu lui dit : « Je sais que c’est pour moi que tu es revenu ». Il lui dit non, qu’il est revenu pour lui- même. Il voulait retrouver une seconde jeunesse, retrouver cette amitié pleine d’énergie, d’espoir et de rêves. Finalement, il va repartir, ça ne lui va plus, il faut qu’il évolue.
Marc-André Grondin. Il faut murir dans ses émotions, dans ses rapports avec soi même et les autres. Il faut faire des choix qui sont des déchirures. La relation que Lucas a avec son groupe, sa mère, son travail… ce ne sont pas des choix difficiles mais il faut les assumer, et je crois que c’est une question de maturité. C’est un passage à l’âge adulte, c’est ce qui est très important dans le film. Chaque personnage vieillit et fait la paix avec certaines choses. On le voit, je ne vais rien révéler, mais vers la fin du film, on voit certains personnages et on comprend qu’ils ont vieilli. Malgré les histoires d’amour, la musique rock, le message c’est vieillir et murir. Au revoir Marc-André Grondin.Au revoir Arthur Dupont.
Au revoir.
Dimanche 14 Mars 2010 - 16:06
INTERVIEW REALISEE PAR D.P.
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